Homo-Ruros

Homo-Ruros : espace de discussions et de convivialité dédié aux homosexuels vivant en milieu rural...

29 avril 2005

Le parent social dans l'homoparentalité

Les familles correspondant aux schémas classiques sont extrêmement rares. Les familles hors normes se sentent souvent minoritaires alors qu’elles sont en passe d’être les plus nombreuses. Ce sont les familles non recomposées qui deviennent une minorité. La norme absolue est relative, mais elle est aujourd’hui extrêmement rigide. Chacun doit donc tendre vers la perfection : il faut être un bon parent, un bon époux-se… Face à cette exigence de perfection, il est intéressant de connaître quelle place est accordée aux différents acteurs des nouvelles formes de famille, et plus précisément la place du parent social, c’est-à-dire le parent non juridiquement reconnu. La liberté de vivre en couple pour les homosexuels est dorénavant reconnue en Occident. Cet exposé s’attachera précisément à comprendre la situation dans laquelle évolue le parent social d’une famille homoparentale.

Dans ces conditions de recherche, je souhaite tout d’abord souligner en quoi les termes de conception et de filiation semblent fondamentaux dans la place accordée à la parentalité sociale. Il sera ensuite intéressant de connaître les différentes formes de familles actuelles et la situation du parent social dans chacune d’entre elles. Pour finir, il pourra paraître important de comprendre les difficultés relationnelles et juridiques rencontrées par ce parent.

LA CONCEPTION ET

LA FILIATION

: DEUX NOTIONS DETERMINANTES FACE A

LA PLACE DE

PARENT SOCIAL

Après avoir défini conceptuellement et historiquement les notions de filiation et de conception, il me semble nécessaire de relater ces deux termes dans les différentes situations existantes, pour prendre conscience de la réalité.

Des définitions caractérisantes de la notion de parent social

Il est important de distinguer deux actes différents et souvent confondus par abus de langage : la conception et la filiation.

La conception est un acte biologique. La filiation, c’est-à-dire être le fils ou la fille de, est un acte social qui inclut la dimension biologique, mais également sociale, juridique et affective.

Pendant longtemps tous ces éléments coïncidaient sur les mêmes personnes, c’est-à-dire le père et la mère de l’enfant. La sexualité, la conception et l’engendrement se combinaient dans le cadre du mariage pour donner naissance à la filiation. Jusqu’en 1972 : le père d’un enfant était d’office le mari de la mère quelle que soit la réalité de la filiation.

Longtemps combinées, les notions de filiation est de conception sont de plus en plus distinguables. Cependant l’évolution de la société, caractérisée par la libération sexuelle par exemple, mais également le développement de nouvelles formes de familles, ont fait apparaître des bouleversements par rapport à ces concepts. Il semble intéressant de voir à présent comment l’adaptation juridique des termes de filiation et conception est indissociable de l’évolution actuelle.

Des bouleversements historiques au cœur de la conception de parentalité

Dans les années 1970 se développe d’autres formes de montage de la famille que la famille nucléaire, c’est-à-dire le père et la mère mariés avec un ou plusieurs enfants. Les nouvelles formes de familles entraînent une distinction entre parenté biologique et parenté sociale. Dans ces conditions, les lois tentent de répondre à la diversité et de donner voix à l’affectif. Les parents deviennent les parents élevant l’enfant.

Les nouvelles configurations familiales sont principalement : la famille concubine, la famille adoptive, la famille recomposée,

la Procréation Médicalement

Assistées (PMA) et la famille d’accueil.

La libération sexuelle des années

1970 a

permis :

· Une baisse du contrôle institutionnel sur les relations sexuelles en renforçant la liberté d’orientation sexuelle ;

· De rendre plus visible les homosexuel-le-s et leur reconnaissance. Le couple homosexuel comme minorité revendique, dès lors, un traitement non discriminant vis à vis du couple hétérosexuel.

La famille concubine, qui part du mariage, contrairement à la famille adoptive qui part de la filiation, se trouve donc proche du modèle de base. Dans ce modèle, sexualité, procréation, engendrement et filiation coïncident. La loi compense depuis 1972 le déficit parental dû à l’absence de mariage ; par exemple, une loi de

1993 a

défini le partage de l’autorité parentale. Le droit français s’est donc depuis quelques années adapté à un nouveau modèle familial, le concubinage, mais qu’en est-il des autres formes de familles ?

Différentes formes de famille pour différentes relations entre conception et filiation

· L’adoption permet une filiation sans conception, sans engendrement et donc sans lien biologique. Selon l’article 346 du Code Civil : « Nul ne peut-être adopté par plusieurs personnes si ce n’est deux époux ». Par ce type d’article, on peut remarquer un encadrement de la sexualité.

· Dans le cadre de la famille recomposée, le conjoint peut jouer un rôle parental d’éducation important mais pas de statut car la filiation est réduite à l’alliance qui l’a engendré. Dans ces conditions le binôme mariage / filiation est rompu.

·

La Procréation Médicalement

Assistée permet une cohabitation entre sexualité, filiation et engendrement. Dans le cadre d’une famille hétéroparentale, le père de l’enfant est l’époux ou le concubin déclaré de la mère.

· Tant que les parents d’un enfant existent, il n’est pas adoptable, on parle dans ce cas de famille d’accueil. Dans cette forme de famille, la parenté sociale n’est pas reconnue car nos coutumes et nos lois n’incitent pas à la multiparentalité sauf exception rare.

Tous ces modèles donnent l’illusion de la filiation biologique. La sexualité non procréative des familles homoparentales pose le problème de la reconnaissance juridique et sociale de ces familles dans notre société. La relation filiation / conception pose le problème du conjoint de la personne ayant le lien biologique ou pseudo biologique au sein d’une famille homoparentale : le parent social.
Les familles homosexuelles revendiquent une sexualité non procréative, ce que la société ne peut admettre : les couples homosexuels déclarent d’office, sans avoir à le dire mais par leurs manières de vivre, que leurs relations sexuelles ne sont pas et ne pourront pas être, à la différence de toutes les autres configurations, des relations d’engendrement. La différence des sexes est récusée non en tant que caractéristique de la reproduction humaine mais en tant que racine de la construction familiale.

Concrètement, il semble intéressant à présent de comprendre la place accordée au parent social en fonction des différentes formes de familles existantes.

DIFFERENTS CONTEXTES POUR LE STATUT DU PARENT SOCIAL

Cette seconde partie permettra de comprendre la situation du parent social dans le cadre des différentes familles existantes actuellement.

Le cas d’une personne homosexuelle divorcée

Dans ce cas, il n’y a aucune reconnaissance du parent social comme dans le cas de toutes familles recomposées. Le parent social, dans ce cas, peut élever l’enfant de l’autre. Le parent social commence à revendiquer des droits, alors qu’il n’en a aucun actuellement.

Le parent social est une personne qui au quotidien éduque, nourrit, aime l’enfant de l’autre, réclame des droits et des protections pour ce lien spécifique à l’enfant, différent de celui du parent.

Le recours à

la Procréation Médicalement

Assistée

En droit français, il ne peut pas y avoir deux pères ou deux mères. Face à

la PMA

, il n’y a juridiquement qu’un lien de filiation. Dans ces conditions, il existe trois cas de figures :

1) Deux femmes décident d’avoir un enfant avec un donneur anonyme : il n’existera juridiquement qu’un lien de filiation avec la mère biologique de l’enfant ;

2) Deux femmes décident d’avoir un enfant avec un donneur connu : il y aura dans ce cas un lien de filiation avec la mère biologique de l’enfant, et avec le père biologique si celui-ci reconnaît l’enfant ;

3) Deux hommes décident d’avoir un enfant grâce à une mère porteuse : il existera alors un lien biologique avec le père biologique de l’enfant et avec la mère porteuse.

En France, l’autorité parentale, la résidence, et l’administration des biens découlent de la filiation. « L’autre » membre du couple est juridiquement un étranger pour l’enfant.

L’adoption

Officiellement et juridiquement, un couple d’homosexuels ne peut pas adopter d’enfant. Un seul parent dans ce type de famille peut être le parent légal. L’ami ou le conjoint du parent officiel n’a aucun droit. Les recours possibles face à cette situation sont expliqués au sein du chapitre III. L’adoption est autorisée pour les célibataires (qui peuvent être homosexuels, mais non déclarés) dans plusieurs pays, mais pas pour les couples homosexuels.

Juridiquement, il est quasiment impossible que quatre personnes aient le statut juridique de parents.

La seule hypothèse possible pour une reconnaissance de chacun est très complexe. Une personne gay et une personne lesbienne ont un enfant, ils partagent ainsi l’autorité parentale. L’ami de la personne gay et l’amie de la personne lesbienne se marient et font une adoption simple. Dans ces conditions, le couple biologique donne son nom à l’enfant et s’inscrit dans la réalité des droits de succession. Le couple adoptif, quant à lui, obtient l’autorité parentale, alors que le couple biologique la perd. Dans ce cas de figure, il y a une obligation de mariage.

Juridiquement dans tous ces cas, la reconnaissance officielle du parent social n’existe pas. Notre tradition de ne pas distinguer procréation et filiation, et notre conception de la famille légitime comme étant représentée par un couple marié, et un ou plusieurs enfants en commun complique la notion même de l’homoparentalité.

LA POSITION DE

PARENT SOCIAL : UN PARCOURS SEME D’EMBUCHES

Dans cette dernière partie, il sera utile de comprendre les difficultés relationnelles et juridiques liées à ce statut « bâtard » de parent social.

Quel nom pour quelle place ?

C’est peut-être par le biais du statut de beau-père que nous pourrons donner une place au conjoint dans le cadre d’une famille hétéroparentale ou homoparentale. Cependant si la société autorise la beau-parentalité, il se posera le problème des recompositions multiples. Face à cette situation, la proposition de deux parents semble intéressante, il y aurait ainsi le-s parent-s et le-s second-s parent-s.

Deux termes existent selon les situations rencontrées, il y a une différence entre le beau-parent et le co-parent. Le beau-parent, vient après la conception, il n’a aucun droit. Le co-parent, quant à lui, intervient lorsqu’un enfant a deux parents de même sexe dès la naissance, ou dans le cas de la conception d’un enfant entre deux couples homosexuels. Quelque soit le terme utilisé, le beau-parent et le co-parent sont tous deux face à un besoin de reconnaissance et de protection juridique.

Concrètement le parent social ne partage pas l’autorité, n’a aucun rôle défini et n’a aucun degré d’implication dans l’entretien des enfants résidant au foyer, par exemple.

L’absence de règles instituées et légitimes fait que les familles, où il y a un parent social, sont livrées à elles-mêmes, elles doivent « bricoler ». On peut donc remarquer certains problèmes de vocabulaire. Parfois le parent social est un beau-parent ou un parent conjoint dans le cadre d’une famille recomposée, ces noms dépendent de l’âge de l’enfant durant l’arrivée du parent social. On peut également évoquer les termes de parâtre, de marâtre, mais ces derniers sont depuis un certain temps tombés en désuétude. Les enfants utilisent également dans certains cas marraine et parrain ou encore des surnoms proches des désignations parentales, tels que mamoune, mamounette ou papou, papounet. L’usage du prénom est également assez fréquent.

Une préparation incontournable : en cas de décès

Dans le cadre d’une famille homoparentale, il n’existe qu’un seul parent juridique, et il est nécessaire de bien se préparer pour créer un lien entre l’autre membre du couple et l’enfant.

· Concernant la garde de l’enfant :

Quand la filiation de l’enfant naturel ne concerne qu’un de ses deux parents ou dans le cadre d’une adoption, une seule personne exerce l’autorité parentale. Si l’autorité parentale est partagée, il n’y a aucun problème concernant, la garde d’un enfant en cas de décès d’un des parents.

Dans le cas d’une autorité parentale non partagée, l’enfant devient orphelin. Le phénomène de tutelle nécessite la désignation d’un tuteur. Cette personne a des droits limités, il exerce ces derniers sous le contrôle d’un « Conseil de famille ». Ce Conseil est composé de quatre à six membres : famille de la personne décédée, amis, alliés, voisins… On peut légalement désigner le futur tuteur quand on le veut, par le biais d’un testament ou d’une déclaration spéciale devant notaire.

· Transmission des biens :

Il faut dans ce cas considérer que tout est éphémère. Il est important de faciliter la transmission au sein du couple, mais aussi la transmission ultérieure à l’enfant.

Le PACS (Pacte Civil de Solidarité) a été une avancée sociale cependant nous sommes encore loin d’une reconnaissance de la famille homoparentale, et plus spécifiquement de la place du parent social. De façon pratique, il est intéressant de remarquer la place des grands-parents sociaux pour mettre en évidence la place, et par là même l’intégration, du parent social.

Malgré les nombreuses modifications concernant les situations familiales, depuis particulièrement les années 1970, le droit français ne semble pas parvenir à s’adapter. Historiquement, l’organisation juridique française est basée sur la norme Père-Mère-enfant, ce qui ne facilite pas la reconnaissance du parent social au sein des nouvelles formes de famille hétérosexuelle mais également homosexuelle.

Stéphanie B.

La conception d’un enfant par deux couples homosexuels

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07 avril 2005

La biphobie

D'abord qu’est ce que la bisexualité ?

La définition littérale

Le terme « bisexualité » est un mot formé sur le modèle des termes « homosexualité » et « hétérosexualité ». La bisexualité consiste en une attirance sexuelle pour des personnes des deux sexes, soit simultanément soit alternativement.

Les gens bisexuels peuvent avoir des relations simultanées avec les partenaires de n'importe quel sexe, pratiquer la monogamie en série avec les partenaires de l’un ou de l’autre sexe, avoir des relations avec les partenaires de seulement un sexe ou pratiquer la chasteté. La bisexualité se réfère aux désirs et au concept de soi, pas nécessairement au comportement.

La définition de l’association bi’cause

L’association bi’cause définit de manière plus large ce qu’est la bisexualité. C’est une détermination personnelle, qui peut être motivée de manières très diverses pour chaque personne. Au départ, peut-être peut-on s’apercevoir d’une ambivalence, une attirance pour les personnes de son sexe au même titre qu’une attirance pour les personnes de l’autre sexe. Le fait d’avoir des relations sexuelles ou des fantasmes, avec des partenaires des deux sexes ne conduit pas forcément à une détermination de bisexualité. Beaucoup de bis sont confrontés à la question : suis-je vraiment bi ? Ne suis-je pas plus homo ou hétéro ? Leur entourage se charge bien de leur poser la question, la réponse n’est pas simple. On peut avoir une vie établie avec un ou une partenaire et rechercher parallèlement des amours passagères avec quelqu’un de l’autre sexe que son/sa partenaire. On peut avoir en alternance un mode de vie hétéro ou homo selon l’élu/e du moment, tout en ayant le désir d’une relation de couple exclusive. On peut vivre selon le mode hétéro qui vit en couple ou en relation privilégiée avec son partenaire de sexe opposé, mais qui apprécie des extras avec un partenaire de son sexe, on peut également vivre selon un mode de vie homo qui vit en couple mais qui a déjà vécu en couple hétéro et qui envisage que cela peut se reproduire éventuellement, il y autant de réponses que d’individus. Ou encore celui qui a de multiples relations, homos ou hétéros selon les circonstances. Il y aussi des gens qui n’envisagent des relations qu’en situation de triolisme, avec la présence simultanée d’un homme et d’une femme mais qui n’envisagent pas de relations en tête avec quelqu’un de leur propre sexe.

Les bis se définissent donc ainsi : «  Nous aimons vivre nos désirs, nos amours, nos sexualités, nos sensualités avec des hommes et des femmes, de manière conjointe, simultanée ou successive et de façon permanente ou temporaire. Nous assumons notre double attirance affective et sexuelle et vivons sereinement nos amours, homosexuels et hétérosexuels. La condition bisexuelle n’est pas un choix : elle s’est imposée à nous comme l’hétérosexualité s’impose aux hétérosexuels, comme l’homosexualité s’impose aux homosexuels. » (bi’cause)

Quelques chiffres sur la bisexualité

Selon des chiffres, aussi rares qu’imprécis, nous avons l’enquête sociologique d’Alfred Kinsey de 1954 qui affirme que 33% à 46% des hommes sont bisexuels et 15 à 25% des femmes, sa définition de la bisexualité est très large, il inclut par exemple dans cette catégorie toute personne ayant eu une expérience homosexuelle à l’adolescence, même si ensuite elle n’a eu que des relations hétérosexuelles. (Voir annexe, seulement aux États-Unis). Alfred Spira a fait une autre enquête, plus hexagonale celle-ci, en 1992 qui révèle que seulement 2% d’individus sont bisexuels.

Une volonté de visibilité : le drapeau bi

Parce que beaucoup de gens bisexuels ne sentent pas qu'ils ont une place ni en communauté gaie ni au monde hétérosexuel, et parce qu'ils ont tendance à rester invisible au public (vivant sans attirer de l’attention dans la société des homos et des hétéros), les bisexuels ont décidé de créer leurs propres repères sans pour autant s’investir dans l'œuvre d’une communauté évitant ainsi de renforcer des clichés déjà prégnants. (Cela a un double effet : pas de visibilité car ils ont une sexualité mouvante et libre mais le manque de visibilité entraîne le renforcement de leur statut de planqués, de traîtres).

La seule visibilité est le drapeau bi : il a été dévoilé le 5 septembre 1998 par Michael Page. Sa création visait à assurer la visibilité bisexuelle d’une façon globale. Jusqu’à sa création, il n’existait pas de symboles spécifiquement « bi » affirmant la reconnaissance de l’identité bi d’une façon évidente. Les couleurs du drapeau bi sont le magenta, le lavande et le bleu royal. La couleur magenta couvre 40% de la dimension horizontale. Le lavande, quant à lui est le résultat du métissage du magenta et du bleu royal, il couvre 20% du drapeau. La partie inférieure, de couleur bleu royal, représente aussi 40% de la dimension totale du drapeau.

Le magenta représente l’attirance vers une personne de même sexe. Le métissage qui résulte en la couleur lavande représente l’attirance envers les deux sexes. Le bleu royal représente l’attirance pour le sexe opposé. L’idée maîtresse pour comprendre la symbolique du drapeau est que la couleur bi (le lavande) est à peine percevable dans le monde gai et hétéro comme dans la réalité. Ce qui démontre l’invisibilité bisexuelle dans les communautés homosexuelles et hétérosexuelles.

Une société normative qui entraîne la biphobie

Le souci dans la société normative qu’est la France est que les bisexuels déjouent toutes les statistiques, on ne sait pas combien ils sont, ils passent d’une sexualité à l’autre, se réfère à l’hétérosexualité ou à l’homosexualité selon les revendications ou les normes dans lesquelles ils désirent s’inscrire. Ne pas savoir ou les classer ni les situer perturbe beaucoup les esprits. Comparativement à l’homosexualité ou l’hétérosexualité qui permettent d’établir des analyses à partir de multiples enquêtes, la bisexualité reste un territoire encore très peu exploré même parfois pour ceux qui ont cette orientation sexuelle.

Beaucoup de questions se posent…surtout lorsqu’il s’agit de comprendre comment la bisexualité se décline sachant que chaque individu le vit différemment, diverses combinaisons étant possibles…

La biphobie est d’une manière générale, refuser aux bisexuels le sentiment amoureux pour un unique individu, alors qu'il revendique son attirance pour les deux sexes tout en choisissant la plupart du temps de vivre pleinement avec une seule personne.

On peut tout à fait être victime de biphobie. Que l’on soit dans le cadre d’une relation hétérosexuelle ou homosexuelle, c’est exactement la même chose. On ne vous reproche pas d’avoir des aventures homosexuelles/et ou des aventures hétérosexuelles, on vous juge incapable de choisir entre une norme sociale qui est le couple hétéro et la construction d’une autre norme qui est le couple homo.

La norme sociétale impose le couple, avec ce qu’il faut de fidélité, et on suppose qu’un bisexuel ne pourrait pas le mettre en pratique. Non, la bisexualité n’existe pas, la preuve : nombre d’entre eux finissent par faire un choix, et on parle de la trentaine pour un positionnement définitif. Pire, on vous soupçonne d’être de toute façon un infidèle notoire et pathologique. Le fait même de classer la bisexualité dans l’aspect du secret, du mensonge, de la non-norme produit dans notre société un jugement négatif des hommes et femmes bisexuels, ce qui s’apparente à une discrimination.

Si certains sortent du placard, d’ailleurs, le coming out chez les bis est plus tardif car il est lié à la vision duelle de l’orientation, à une non connaissance de la bisexualité, un manque de support social, de modèles positifs, de variations de définitions selon son identité socio-sexuelle et ses quêtes sexuelles, pour revendiquer une identité à part entière, la plupart s’épanouissent discrètement dans leur « no man’s land ». État des lieux d’une sexualité hors norme non encore homologuée. Les préjugés sont nombreux et tenaces : pervers, instables, amoraux, égarés…les épithètes infamantes pleuvent. Dans une société divisée entre hétéros et homos, chacun est instamment prié de choisir son camp.

La bisexualité transgresse trois piliers fondamentaux : l’identité de genre, la question du couple et l’appartenance socioculturelle au monde homo ou hétéro. La question de la bisexualité embête tout le monde mais fascine aussi parce qu’elle touche à des points fondamentaux de notre culture.

Les bis n’existent pas !

Être bisexuel, une orientation sexuelle à prouver…

Mais l'étendue de la biphobie ne se situe pas seulement dans cette particularité. Le problème le plus significatif réside dans les affirmations défendues avec acharnement que la bisexualité n’existe pas donc par conséquent, que les bisexuels n’existent pas, qu’ils n’ont aucune légitimité puisqu’ils sont sans réalité physique.

Catherine Deschamps nous explique dans l’article qu’elle a écrit dans le dictionnaire de l’homophobie, que la biphobie se distingue des autres phobies liées à l’orientation sexuelle car des facteurs différents de rejets se jouent. La première des caractéristiques de la biphobie, comme je l’ai cité ci-dessus, vient du fait qu’elle est énoncée par des femmes et des hommes hétérosexuels, inscrits dans la norme mais aussi par des homosexuels et des lesbiennes, représentants d’une minorité sexuelle. Les attaques biphobes sont donc croisées et multilatérales.

La première incompréhension vient du fait que la bisexualité occupe une position « d’entre-deux », conjuguée à une histoire collective et politique récente et encore largement invisible. Tout ceci suffit à expliquer les discriminations dont sont l’objet les femmes et les hommes bisexuels.

Catherine Deschamps compare ce rejet à l’exclusion de tous les groupes intermédiaires sans histoire politique et culturelle affirmée : on ne nie pas les métis parce qu’ils ont une distinction de chair alors que la bisexualité n’a pas d’empreinte inscrite dans l’apparence extérieure : seule l’existence connue de partenaires des deux sexes permet de la donner à voir. Pourtant on ne nie pas l’hétérosexualité d’un homme qui n’a plus de partenaires depuis longtemps, il est ad vitam aeternam considéré comme tel. Il faut sans cesse le répéter, le réaffirmer lorsqu’on est bisexuel pour le prouver.

La bisexualité, une histoire universelle

Pourtant, la bisexualité a une histoire universelle. Les gens dans la plupart des sociétés ont montré des variables degrés de bisexualité, et la plupart du temps, ce qu'est appelée l'homosexualité dans les cultures anciennes est en fait la bisexualité. Par exemple, en Grèce ancienne les hommes ont engagé souvent des relations de même sexe, alors qu’ils avaient aussi des épouses. La Rome ancienne, les pays arabes, la Chine et le Japon, tous affichent des modèles de comportement bisexuel. Peut-être l'exemple le plus célèbre et militariste est Alexandre le Grand qui avait beaucoup de femmes, mais aussi une relation sexuelle avec son ami proche Hephaestion, il en est de même avec presque tous les empereurs romains, les shoguns de Japon, les empereurs chinois , cela est vérifiable dans chaque pays et à chaque époque.

L’infidélité et le sida

L’infidélité

Parmi les craintes de la prolifération de la bisexualité, il y a l’infidélité, elle constitue d’ailleurs le paradoxe de la biphobie : pour faire taire la suspicion, il faudrait que les bisexuels multiplient les partenaires or l’un des constants reproches qui leur soit fait est leur infidélité.

L’important n’est pas de se battre pour expliquer que l’infidélité n’est pas plus grande chez les bis que chez les homos ou hétéros mais de comprendre pourquoi on stigmatise des personnes au motif qu’elles ne seraient pas exclusives ? L’accusation d’infidélité met à jour une norme transversale à l’ensemble des orientations sexuelles : il s’agit de continuer à faire croire que l’amour exclusif et excluant est possible.

Le Couple, la fidélité avec ce fantasme d’amour éternel et exclusif reste la référence dans notre société judéo-chrétienne. Mais la bisexualité peut modifier et élargir la définition du couple, s’arranger en cachette avec la fidélité, réinventer, ce qui ne manquera sûrement pas de se faire dans quelques années, le concept de la famille mais non toucher au rêve, à l’absolu, le sens de cette société, non jamais non toucher à ce qui nous tient debout espérant le seul objectif de toute une vie (loin des combats sociaux pour le bien-être de chacun), la vraie, la seule religion, j’ai nommé le grand amour.

Le Sida

Dans la bisexualité, le dernier tabou, de Rommel Mendès-Leite, on apprend que lorsqu’un mari ou une femme découvrait la bisexualité de son mari/épouse, après la désillusion s’ajoutait la peur d’être contaminé par le SIDA, bien sur le virus peut survenir dans cette situation comme dans tout autre situation. Ce qu’on oublie souvent, c’est que la prévention du SIDA concerne tout à chacun et n’est pas liée à certains groupes sociaux où certaines formes d’expression de la sexualité mais plutôt à la manière selon laquelle celles-ci sont accomplies. Peu importe le sexe biologique, l’orientation sexuelle, l’origine sociale, géographique ou ethnique, le style de vie ou l’apparence du partenaire sexuel choisi. Ce qui est essentiel, c’est que certains gestes de prévention soient mis en œuvre, dont le plus répandu est l’usage du préservatif. Une attitude assez répandue et qui constitue une protection imaginaire consiste à ne considérer comme concernées par le risque de contamination que les personnes appartenant à un des prétendus « groupes à risques » : et de citer les toxicomanes, les prostitué(e)s, les échangistes, les homosexuels et les bisexuels. Mais ces personnes concernées ont une conscience plus grande de l’épidémie et se protègent de manière plus instinctive.

La biphobie intériorisée

La bisexualité est difficile à vivre au quotidien, dans le couple comme dans la société. La première biphobie se trouve intériorisée chez les bisexuels et il y a beaucoup de chemin à faire. Il y a tellement de différences, voire de divergences entre les bis qu’une définition est encore loin d’émerger. La crainte notamment d’être pris pour de joyeux partouzards fait prendre chez certains des comportements de raideurs morales surprenantes.

En 2000, aux UEEH, Daniel Welzer-Lang a obtenu des résultats plus concrets, il affirme que les bisexuels ont un style de vie particulier, des goûts sociaux, des besoins qui leur sont spécifiques. Il observe d’ailleurs que de nombreux bisexuels ressentent une grande culpabilité quant à leurs attirances sexuelles. Les femmes bisexuelles ont moins de rapports homosexuels que les hommes, mais elles tombent plus souvent amoureuses de leurs semblables ; pour les hommes bisexuels, c’est tout à fait l’inverse : s’ils ont davantage de rapports sexuels avec leur propre sexe, leurs sentiments amoureux sont plus souvent dirigés vers les femmes.

Contrairement aux homosexuels, les bis n’ont pas de communautés d’appartenance, pas de références culturelles spécifiques et peu de visibilité. Ils ne veulent pas s’enfermer dans un ghetto, une communauté puisque la diversité est l’essence même de la bisexualité. Ils revendiquent l’ouverture, la fluidité et le droit de circuler entre deux clans monosexuels. Reste qu’aujourd’hui, pour la plupart des bis, leur choix de vie relève du domaine de la sphère privée. Ils évitent ainsi d’être stigmatisés.

Les bis vivent leurs côtés « homosexuel » de manière plus cachée que leur côté « hétérosexuel » à cause du regard des autres. On demande souvent aux bis de se définir et de justifier leur bisexualité ; par exemple en leur posant des questions sur leurs pratiques, une sorte de comptabilité. Les bis souhaitent notamment avoir un « droit à l’autobiographie historique » : c’est à dire qu’avoir été bisexuel suffirait à se reconnaître comme tel sans avoir à le justifier par des pratiques régulières, notamment pour ceux ou celles qui choisissent de vivre en accord avec la fidélité choisie dans le couple. Par ailleurs, elle se vit plus ou moins cachée selon si le/la partenaire est au courant, l’accepte et le comprend, la relation sera alors plus ou moins authentique ou cachée.

La biphobie chez les homosexuel(le)s et les hétérosexuel(le)s

Les lesbiennes tolèrent les bisexuelles mais les regardent tout de même comme des traîtresses à la cause des femmes. Les gais sont plus tolérants à l’égard des bis mais ne comprennent peut-être pas pourquoi ils ne choisissent pas. Les bis sont souvent considérés comme ceux qui ne sont pas capables de choisir, de se fixer dans une relation unique et stable. Socialement, la femme bi est mieux acceptée par le milieu macho car ses pratiques renforcent les fantasmes masculins. Il est fréquent de voir des pratiques de femmes bis dans les films pornos, alors que des images de pratiques bis pour les hommes y sont très rares.

Pour les femmes hétérosexuelles, la hiérarchie s’établit en fonction de l’orientation sexuelle, elles acceptent plus l’homosexualité que la bisexualité alors que chez les hommes, la hiérarchie s’établit en fonction du sexe (femme-homme) : ils acceptent d’abord les femmes bi aux femmes homosexuelles puis les hommes bi aux hommes homosexuels. Mais la bisexualité n’étant pas homologuée, les bis sont le plus souvent considérés comme des assoiffés de sexe par la majorité hétérosexuelle.

Il faut l’admettre, c’est souvent au sein même de la communauté homosexuelle que les bisexuels ont le plus de peine à être reconnus. Elle a une perception très négative de la bisexualité car ils sont considérés comme des homos qui ne s’assument pas. Sandrine Pache qui a rejoint l’association bi’cause (auparavant fondatrice d’une association bi en Suisse) explique que les acquis de la culture homo sont récents et fragiles or être bi c’est aussi être homo avec tous les problèmes et les discriminations que cela implique.

Ouverture : Les bis pourraient peut-être lutter avec les queers pour une critique de la société hétérocentrée, pour combattre l’hétérosexualité comme système politique dominant.

Milène Leroy

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